Mardi 25 juin 2013
Chroniques émergentes : la Chine va-t-elle se faire dévorer par le Golem du crédit ?
Cécile Chevré
Chroniques émergentes : la Chine va-t-elle se faire dévorer par le Golem du crédit ?
Cécile Chevré
On mesure l'influence d'un pays à l'intérêt que l'on porte à la moindre de ses décisions ou aux plus obscurs de ses problèmes économiques. Ces derniers jours, ce sont les taux interbancaires chinois qui ont fait parler d'eux. A la base, les taux interbancaires, je ne trouve pas cela vraiment passionnants. Savoir à combien une banque prête à une autre... franchement...
Les prêts interbancaires, thermomètre de la santé d'une économie
Mais réflexion faite, ce fameux taux pourrait être bien plus intéressant qu'il n'y paraît au premier abord. Les prêts interbancaires sont la pierre angulaire d'une économie. Le fonctionnement quotidien, les crédits qu'elle accorde, d'une banque repose sur eux. Donc quand une banque hésite à prêter à une autre, un signal d'alarme retentit.
C'est ce qui s'est passé au plus fort de la crise de l'euro en Europe. Les banques du Vieux Continent refusaient de se prêter entre elles, préférant déposer leur argent auprès de la BCE et ce malgré un rendement bien inférieur à celui qu'elles auraient pu obtenir en prêtant à un autre établissement bancaire. La raison de cette absurdité ? Les prêteurs doutaient de la capacité des emprunteurs à faire face à leur dette, alors que leur bilan était grevé par les toxiques obligations des pays périphériques de la zone euro. Le marché interbancaire avait été presque paralysé, menaçant le crédit aux particuliers et aux entreprises, et donc toute l'économie européenne. C'est ce que les économistes appellent un "credit crunch", un effondrement du crédit...
Or la menace d'un credit crunch chinois grandirait. La semaine dernière, le taux d'emprunt de référence dans le marché interbancaire a atteint plus de 11,6% jeudi dernier (et même 26% dans la journée).
Comment expliquer une telle flambée ?
Bulle de crédit à la chinoise
Par la croissance faramineuse qu'a connue le crédit ces dernières années, encouragée par le gouvernement central qui voulait soutenir l'économie et lutter contre les effets persistants de la crise mondiale. Le remède est connu – et a été administré par toutes les banques centrales dans le monde entier après 2008 – : en baissant le taux directeur, en encourageant le crédit, les banquiers centraux espèrent relancer l'investissement des entreprises et la consommation des particuliers.
Dans le cas chinois, une seconde raison est venue se grever à ses impératifs économiques : l'impératif social. Car la Chine doit faire face à un afflux massif des ruraux vers les centres urbains. D'ici à 2030, 300 millions de ruraux devraient s'installer dans les villes. Un exode qui est là encore encouragé par Pékin qui voit dans ces nouveaux urbains aussi bien une réserve de main-d'oeuvre que de consommateurs – deux composants de choix de la stratégie économique chinoise. Les urbains consomment plus de produits manufacturés, de services, de loisirs, ils peuvent aussi espérer accéder progressivement à la classe moyenne, force-vive qu'une économie que Pékin veut de plus en plus orientée vers la consommation intérieure.
ET SI LES ROBOTS NOUS AIDAIENT A SURMONTER LA CRISE ?
Investir dans la robotique pour relancer l'économie ? Pas bête. C'est d'ailleurs le défi que s'est lancé notre gouvernement... avec un train de retard sur nos concurrents.
Heureusement, notre spécialiste a enquêté sur le secteur et vous a déniché 5 opportunités très prometteuses pour profiter de la révolution robotique : à découvrir dans ce message...
Mais ces nouveaux urbains, il faut les loger, leur proposer des infrastructures (eau, électricité, gaz...), des moyens de communication, de transport, des hôpitaux, des écoles, des supermarchés, des activités de loisir. Et là encore, il y a un double effet sur l'économie. Car tous ces projets de construction et d'infrastructures vont permettre de soutenir l'économie, via la construction et les dépenses d'infrastructures.
[L'urbanisation croissante et le manque d'infrastructures orientent les nouveaux besoins de la Chine en matières premières. Première d'entre elles, le cuivre, utilisé non seulement dans la construction mais aussi dans les dépenses d'infrastructures (câbles, etc.). La demande chinoise devrait donc exploser dans les années qui viennent. Dans Matières à Profits, Florent Detroy vous propose une minière cuivre qui détient le plus gros gisement américain et qui est bien placé pour profiter de la demande chinoise. Avec un cours particulièrement attractif, c'est le moment de vous positionner pour profiter de la hausse future. Une recommandation à découvrir dans Matières à Profits...]
Pour financer ces projets, Pékin a non seulement mis de l'argent sur la table (l'équivalent de 12% de son PIB) mais aussi encouragé le crédit local, accordé par des banques (locales) à des projets (locaux).
Le crédit, Golem de Pékin
Sur le papier, tout roule. Sauf que le crédit tient un peu du Golem, ce géant de glaise, qui selon la légende avait été créé par un rabbin praguois pour protéger la communauté des Juifs de Prague mais qui avait fini par échapper à son créateur. Le crédit doit être manipulé avec la même précaution : le créer, l'encourager, c'est très bien, encore faut-il ensuite pouvoir le contrôler et le maîtriser. C'est justement ce qui est en train de se passer dans l'empire du Milieu.
Le ratio crédit/PIB est ainsi passé de 75% en 2008 à plus de 200% aujourd'hui. Les gouvernements locaux, pour financer leurs projets de construction et de développement se sont lourdement endettés et alors que les recettes fiscales sont en recul, la situation devient périlleuse.
A cela il faut ajouter qu'une part non négligeable du crédit chinois (plus de 10%) échappe totalement à tout contrôle. En effet, la Chine n'étant pas – pour ceux qui auraient tendance à l'oublier – une économie libérale, le marché du crédit est contrôlé par l'Etat qui possède un monopole sur le système bancaire. S'est donc développé un système de prêt parallèle, non-autorisé. Il peut prendre la forme de prêts entre particuliers, de prêteurs sur gage ou d'établissements bancaires de l'ombre... et de grandes entreprises publiques qui profitent des faibles taux d'emprunt qui leur sont accordés par l'Etat pour ensuite accorder des prêts à de plus petites entreprises.
Leur point commun : un taux d'intérêt souvent usuraire... Ce crédit parallèle est d'autant plus dangereux qu'il échappe à toute tentative de contrôle de l'Etat ou des gouvernements locaux.
Où est passé l'argent ?
Conséquence à la fois de la manne financière étatique qui a inondé certains secteurs ainsi que du développement du shadow banking, l'affluence de crédit et de liquidités n'a pas forcément irrigué les secteurs les plus productifs de l'économie. Je vous le disais plus haut, certaines grandes entreprises d'Etat ont préféré prêter leur argent plutôt que d'investir dans leur appareil de production.
Exemple pas forcément le plus représentatif mais en tout cas fort symbolique, la ville d'Ordos en Mongolie-Intérieure, aussi appelée la ville fantôme. D'énormes projets de construction y ont été mis en oeuvre... sans que la population suive. Conclusion, des quartiers entiers, flambants neufs, des immeubles de bureaux, des commerces, des habitations... vides, complètement vides. Le Time y a réalisé un reportage photo édifiant, que vous pouvez découvrir ici...
Surendettée à hauteur de 100 milliards de yuans (12 milliards d'euros), la ville d'Ordos doit en outre, comme le rappelle L'Agefi, faire face à une importante baisse de ses revenus (-18,5%), rendant sa situation intenable.
Ordos n'est qu'un exemple de la mauvaise utilisation des fonds qui est devenue endémique. La Tribune rapporte ainsi que "L'agence officielle Chine nouvelle a estimé durant le week-end 'qu'il n'y a pas de pénurie de fonds, il y a juste des fonds qui sont mal placés'".
Demain, nous verrons quels dangers fait courir cette menace de credit crunch sur l'économie chinoise et quelle est la réponse de Pékin. Car le gouvernement chinois se trouve confronté à un dilemme de poids : faut-il privilégier la croissance quitte à favoriser la croissance de la bulle du crédit ou bien contrôler l'endettement aux dépends de la croissance.
Mercredi 26 juin 2013
Chroniques émergentes : la Chine va-t-elle faire "crunch" ?
Cécile Chevré
Chroniques émergentes : la Chine va-t-elle faire "crunch" ?
Cécile Chevré
Hier, nous avons vu comment s'est gonflée une bulle du crédit en Chine et comment celle-ci a progressivement échappé à tout contrôle. Reste maintenant à savoir quels dangers peuvent découler d'un dégonflement brutal de cette bulle et quels sont les moyens d'intervention de Pékin.
Commençons par les risques.
D'une banque chinoise à l'économie mondiale
Une économie fonctionne grâce aux prêts. Les entreprises empruntent pour investir, augmenter leur production et créer de la croissance. Les particuliers empruntent pour consommer, se loger, faire des études, etc. Le crédit n'est pas forcément mauvais pour une économie quand il permet à terme de créer de la valeur ajoutée et de la richesse. Un étudiant qui emprunte pour faire des études supérieures qui lui permettent, par exemple, de devenir ingénieur est un atout pour une société. De même, une entreprise qui emprunte pour créer une nouvelle ligne de production qui lui permettra d'augmenter ses ventes, ou encore un promoteur immobilier pour construire de nouveaux logements.
Reste à maîtriser la qualité des crédits accordés ainsi que leur quantité. Trop de (mauvais) crédits, et c'est la bulle spéculative. Pas assez de crédits, et c'est une économie toute entière qui ralentit.
Certains observateurs font déjà le lien ente ralentissement économique chinois et le resserrement de l'offre de crédit. L'indice préliminaire des directeurs d'achat (PMI) publié par HSBC la semaine dernière laisse entrevoir la plus importante contraction de la production manufacturière depuis 9 mois.
La semaine dernière, les taux interbancaires chinois à 7 jours, qui en moyenne oscillent autour des 4%, ont flambé à plus de 11,6%. Certains prêts à très court terme ont même atteint le taux record de 26%.
Les risques ? Un assèchement complet du marché du crédit et donc de la liquidité qui bloquerait la consommation et l'investissement. Et une faillite en série de banques qui voient déjà leur bilan sérieusement plombé par d'innombrables créances douteuses.
Des risques qui pourraient prendre une ampleur mondiale. Comme le rappelait Gustavo Horenstein de Dorval Finance dans une interview accordée au site Sicavonline.fr : "L'économie chinoise représente 12% de l'économie mondiale en dollar courant mais plus de 40% de sa croissance. Si la décélération de la croissance chinoise se transforme en récession, l'impact sera fort sur la croissance mondiale. Les plus touchés seront les principaux partenaires commerciaux asiatiques et les pays producteurs de matières premières. Concernant les marchés financiers, les entreprises très tournées vers cette zone ne seront plus le refuge qu'elles ont été face à la crise de la zone euro".
Reste à savoir ce que Pékin veut – et peut – faire face à ces risques.
Pékin face à ses banques
Vendredi dernier, les taux interbancaires redescendaient, vers les 8%, laissant soupçonner une intervention massive de la Banque centrale chinoise, la Banque populaire de Chine (PBoC). Celle-ci, selon certaines rumeurs persistantes, aurait injecté 40 milliards de yuans (4,88 milliards d'euros) dans certaines banques, résolvant les problèmes d'approvisionnement des liquidités.
Officiellement, cependant, la PBoC se refuse à intervenir de manière massive, estimant que le niveau de liquidités était suffisant. Après moult tergiversations, elle a tout de même consenti à annoncer hier qu'elle était prête à soutenir de manière temporaire les banques en manque de liquidités afin de ramener les taux interbancaires à des niveaux raisonnables. Une annonce qui a rassuré les marchés : hier, le taux atteignait 5,83%, laissant entrevoir un retour à la normale.
CE QUE VOTRE BANQUIER NE VOUS DIRA JAMAIS !
Si vous pensez encore qu'à l'heure qu'il est votre argent dort tranquillement dans le coffre de votre banque... alors ne lisez pas cette enquête – vous risqueriez d'avoir des sueurs froides !
Si en revanche, vous aimeriez en savoir plus sur l'envers du décor... et savoir précisément comment reprendre le contrôle de votre argent : découvrez ce message sans attendre...
Pourquoi une telle prudence de la part de la PBoC ? Parce que Pékin – et sa banque centrale – sont conscients des risques que font peser le système bancaire et les investissements dits à fort effet de levier (une manière de dire que le rendement est élevé), comme l'immobilier, sur la stabilité financière et économique du pays.
Après avoir encouragé le crédit et les investissements spéculatifs après la crise de 2008, Pékin préférerait aujourd'hui que l'argent aille vers la consommation intérieure et l'investissement des entreprises mais aussi vers les investissements à long terme. Le gouvernement chinois est aujourd'hui prêt à limiter et encadrer le marché du crédit, et en accepte la conséquence principale, le ralentissement de la croissance du PIB.
Depuis des mois déjà, Pékin revoit régulièrement ses prévisions de croissance, et ne semble pas s'en émouvoir outre mesure. Alors que la plupart des analystes s'attendent à une hausse du PIB de 7,7% aussi bien cette année qu'en 2014, le gouvernement chinois semble lui envisager une croissance tournant autour des 7,5%, voire 7%.
Selon l'économiste Xu Gao, cité par Le Figaro : "si les taux d'intérêt restent à des niveaux si élevés, le seul scénario pour l'économie chinoise sera celui d'un atterrissage brutal. Il semble que les dirigeants chinois suivent délibérément une approche attentiste en laissant le ralentissement de la croissance se poursuivre sans intervenir".
Reste à savoir si la PBoC utilise la bonne méthode pour contrôler le marché du crédit. Comme le souligne Bank of America Merrill Lynch, cité par Reuters : "Nous pensons que le plus gros risque est que la PBoC ne gère pas correctement la situation. S'occuper des banques qui violent les règles devrait se faire en améliorant la réglementation prudentielle et non en organisant une crise du crédit interbancaire qui pourrait avoir des effets indésirables en cas de perte de la confiance entre banques".
Etincelle de krach en Chine ?
La Chine risque-t-elle un credit crunch capable de faire plonger la croissance mondiale ? Une telle hypothèse ne peut être totalement écartée mais contrairement à ce qui s'est passé en Europe lors de la crise de l'euro, le resserrement du crédit est la conséquence directe de la volonté de la Banque centrale chinoise. Banque centrale qui en outre a les moyens de ses ambitions et de sa politique grâce à ses énormes réserves de change et de métaux précieux.
[LA CHINE CONVOITE L'OR MONDIAL !
Lisez vite les révélations stupéfiantes de notre spécialiste sur les quantités astronomiques d'or raflées par la Chine et découvrez dans ce message spécial comment vos gains pourraient être proportionnels à l'ampleur inouïe de ce "hold-up".]
Pour aller plus loin aujourd'hui : le pouvoir de la Banque populaire de Chine et comment profiter de la transition économique chinoise :
- Si le pouvoir des banquiers centraux occidentaux est plus que douteux, celui de la PBoC est indéniable, comme le souligne Philippe Béchade dans La Chronique Agora : "La seule qui semble encore en mesure de dicter sa loi aux marchés, c'est la banque centrale chinoise. Elle reste bien à l'abri des attaques des “hordes de sangliers” dans son périmètre monétaire parfaitement étanche. Elle a administré de façon magistrale une punition aux spéculateurs mardi matin. Avec le soudain assèchement du crédit, un grand nombre d'opérateurs ont dû réduire la voilure en catastrophe face à l'impossibilité de refinancer des positions lourdement perdantes via le shadow banking (des entreprises industrielles ou commerciales se transformant en prêteurs sur gage, ce qui rapporte beaucoup plus que d'exercer leur coeur de métier).
La bourse de Shanghai a plongé de 5,7% à mi-séance, ce qui portait à -11% le terrain perdu en 48 heures : comment prononce-t-on le mot “krach” en chinois ? L'indice SSE a dévissé sous le plancher des 1 950 points du 4 décembre 2012. Il n'a pas tardé à retracer les 1 870 points (la droite unissant tous les creux majeurs depuis mai 2009 et juillet 2010) puis les 1 850 points... un plancher plus revu depuis le 31 décembre 2008 ou le 5 janvier 2009. Le scénario s'apparentait à celui d'une capitulation des plus classiques. A la seule annonce d'une conférence de presse imminente de la PBOC (Popular Bank of China), un spectaculaire rebond s'est amorcé en direction des 1 960 points, le SSE effaçant en 90 minutes l'essentiel des pertes du jour.
Plus fort encore que le 'verbe magique' de Mario Draghi, l'effet d'annonce de la PBOC a complètement retourné les marchés, sans qu'une seule parole rassurante n'ait été prononcée. Si ce n'est pas cela, se faire obéir au doigt et à l'oeil... nous ne savons plus à quoi appliquer cette formule !"
- La position de la PBoC devant l'emballement des taux interbancaires est un signe de plus de transition économique en cours dans l'empire du Milieu, vers une économie centrée sur la consommation intérieure et reposant sur l'explosion de la classe moyenne urbaine. Cette transition a des conséquences non seulement sur la société chinoise, mais aussi sur les modes de consommation et de vie des Chinois. Premier de ces bouleversements : l'alimentation, plus grasse, plus carnée, plus sucrée.
Dans Défis & Profits, je vous propose d'investir sur une société européenne qui est très bien positionnée pour soutenir Pékin dans ses efforts de lutte contre les effets pervers de la croissance économique que sont l'obésité et le diabète. Une recommandation à découvrir dans Défis & Profits.